Analyse NIS2 / DORA
Statut : cible. Ce document décrit ce que l’équipe vise et a décidé, pas ce qui est déjà codé. L’état réel du code est suivi dans
constat/etat-implementation.md.
Ticket : WOR-69 · Responsable : Cédric · Version 0.1 du 19/10/2026
Ce document s’appuie sur la matrice de risques (
ebios-rm.md) et sur le coût d’un arrêt (services-critiques.md). Il alimente le PCA/PRA (WOR-71) et les recommandations à la direction (WOR-72).Le sujet demande de distinguer les exigences pertinentes des obligations qui ne peuvent pas être démontrées par un prototype de quatre jours. C’est la structure de ce document : pour chaque exigence, ce que le démonstrateur prouve, et ce qu’il ne prouve pas.
1. Quel texte s’applique ?
| Question | Réponse | Fondement |
|---|---|---|
| Notre entreprise fictive est-elle dans le champ de DORA ? | Oui. Un opérateur de paiement est un établissement de paiement, explicitement visé. | DORA (règlement UE 2022/2554), art. 2.1 b. Applicable depuis le 17/01/2025. |
| Est-elle dans le champ de NIS2 ? | Non. Les établissements de paiement ne figurent pas à l’annexe I de NIS2, dont le secteur bancaire ne vise que les établissements de crédit. | NIS2 (directive UE 2022/2555), annexe I. |
| Si les deux s’appliquaient, lequel prime ? | DORA. C’est un acte sectoriel qui prévoit des mesures au moins équivalentes ; il remplace NIS2 pour la gestion du risque et la notification des incidents. | NIS2, art. 4 et considérant 28. |
| Qui est l’autorité compétente ? | L’ACPR pour un établissement de paiement en France. | Désignation nationale au titre de DORA. |
| Le cadre simplifié (art. 16) s’applique-t-il ? | Non. Avec 158 M€ de revenu annuel et 200 partenaires, l’entreprise n’est pas une petite structure exemptée. | DORA, art. 16. |
Conclusion : on raisonne en DORA. NIS2 reste utile comme grille de lecture (mesures de l’art. 21, chaîne d’approvisionnement), mais ce n’est pas le texte qui nous oblige.
2. Ce que DORA exige, et ce que le démonstrateur prouve
Légende : ✅ démontré par le prototype · 🟡 démontré en partie · ❌ non démontrable en 4 jours (à traiter dans un contexte industriel).
Les biens supports (BS) sont ceux de ebios-rm.md. Les preuves sont prévues : elles seront confirmées par les résultats d’essais du mercredi et du jeudi (WOR-73). L’état réel du code au 20/10 est suivi dans constat/etat-implementation.md.
2.1 Gestion du risque TIC (art. 5 à 16)
| Exigence | Article | Ce que le prototype montre | Composants | Preuve attendue | Statut |
|---|---|---|---|---|---|
| Cadre de gestion du risque TIC documenté | 6 | Analyse EBIOS RM, services critiques chiffrés | — | ebios-rm.md, services-critiques.md |
✅ |
| Identifier les fonctions critiques et leurs dépendances | 8 | Services classés par priorité, biens supports reliés aux valeurs métier | Tous | Tableaux VM ↔ BS | ✅ |
| Protection et prévention : moindre privilège, chiffrement, gestion des secrets | 9 | Filtrage WAF, secrets hors du code, privilèges limités des conteneurs | BS5, BS9, BS8 | Configuration WAF, HashiCorp Vault, revue des droits du moteur de remédiation (WOR-64) | 🟡 un seul hôte ; au 20/10, API derrière le WAF, mais secrets de l’application hors de Vault et port de la base publié |
| Détection rapide des activités anormales | 10 | Détection ML sur les métriques et journaux, alertes SIEM | BS6, BS7 | Horodatage attaque → alerte, mesuré pendant l’essai | 🟡 prévu : au 20/10, features extraites mais pas encore de modèle ni d’alerte |
| Réponse et rétablissement : politique de continuité, reprise des fonctions critiques | 11 | Cœur de la démo : remédiation automatique, puis transaction fictive réussie | BS8, BS2, BS4 | Durée attaque → transaction réussie, comparée au RTO (WOR-70) | 🟡 prévu : au 20/10, moteur de remédiation pas encore codé |
| Tests du plan de continuité | 11.6 | Scénario d’attaque rejoué et chronométré | Tous | Résultats d’essais | 🟡 un seul scénario, pas de programme annuel |
| Sauvegarde et restauration, sans perte de données validées | 12 | Restauration de la base, contrôle de cohérence après reprise | BS4 | Comptage des transactions avant / après | ❌ au 20/10, aucune sauvegarde de la base |
| Capacités redondantes | 12.4 | — | BS11 | — | ❌ hôte unique, point de défaillance unique assumé |
| Retour d’expérience après incident | 13 | Analyse post-incident à partir des journaux, aidée par l’assistant RAG | BS6, BS10 | Rapport d’incident généré après l’essai | 🟡 |
| Communication de crise | 14 | — | — | Plan de communication dans le PCA (WOR-71) | 🟡 sur papier |
| Responsabilité de l’organe de direction, formation | 5 | — | — | — | ❌ pas d’organe de direction réel |
2.2 Gestion et notification des incidents (art. 17 à 23)
| Exigence | Article | Ce que le prototype montre | Statut |
|---|---|---|---|
| Processus de détection, journalisation et suivi des incidents | 17 | Chaque incident détecté est horodaté et conservé dans le SIEM | 🟡 au 20/10, blocages du WAF et accès à Vault journalisés et visibles dans le tableau SOC/SIEM ; pas encore de règle d’alerte ni de suivi d’incident |
| Classification selon les critères réglementaires | 18 | Grille appliquée au scénario de la démo (voir section 3) | ✅ sur papier, à partir des mesures réelles |
| Notification des incidents majeurs à l’ACPR : initiale, intermédiaire, finale | 19 | Les journaux du SIEM contiennent les informations nécessaires. Aucune notification réelle n’est envoyée. | 🟡 |
| Information des clients touchés | 19.3 | — | ❌ |
2.3 Tests de résilience (art. 24 à 27)
| Exigence | Article | Ce que le prototype montre | Statut |
|---|---|---|---|
| Programme de tests : analyses de vulnérabilités, tests de scénarios, tests de performance | 24, 25 | Scénario Red Team depuis le PC Attaquant, scans de vulnérabilités | 🟡 un essai ponctuel, pas un programme |
| Tests de pénétration fondés sur la menace (TLPT), tous les 3 ans, par des testeurs indépendants | 26, 27 | — | ❌ réservé aux entités désignées, exige des testeurs externes |
2.4 Risque lié aux prestataires TIC (art. 28 à 44)
| Exigence | Article | Ce que le prototype montre | Statut |
|---|---|---|---|
| Registre des accords avec les prestataires TIC | 28.3 | Inventaire des briques utilisées (images Docker, Ollama, modèles) | 🟡 inventaire technique, pas contractuel |
| Clauses contractuelles obligatoires, stratégies de sortie | 28.8, 30 | — | ❌ aucun contrat |
| Concentration du risque sur un prestataire | 29 | Tout est auto-hébergé, sauf l’assistant de discussion de l’application, qui appelle OpenAI | 🟡 un prestataire externe à inscrire au registre, ou à remplacer par le modèle local (Ollama) |
2.5 Partage d’informations (art. 45)
Facultatif. Non traité.
3. Le scénario de la démo est-il un incident majeur ?
DORA classe un incident comme majeur s’il touche un service critique et, en plus, soit entraîne une perte de données après un accès malveillant, soit dépasse les seuils d’au moins deux autres critères (règlement délégué (UE) 2024/1772). Les critères utiles ici :
- Durée : interruption d’un service critique de plus de 2 h (ou incident de plus de 24 h) ;
- Clients touchés : plus de 10 % des clients ou des contreparties financières ;
- Impact économique : plus de 100 k€ de coûts et pertes ;
- Perte de données : atteinte à la disponibilité, l’intégrité ou la confidentialité des données.
Appliqué au risque R1 (déni de service sur l’API, scénario principal pressenti), en heure de pointe et avec les 200 partenaires touchés :
| Mode de reprise | Durée | Critères dépassés | Majeur ? | Conséquence |
|---|---|---|---|---|
| Automatique (cible de la démo) | ≤ 5 min | Clients touchés | Non | Incident enregistré et classé, pas de notification |
| Manuelle | 30 min à 2 h | Clients touchés, impact économique (pénalité SLA ~650 k€) | Oui, probablement | Notification initiale à l’ACPR, puis rapports intermédiaire et final |
| Manuelle, longue | > 2 h | Clients, durée, impact économique | Oui | Idem, et incident G4 dans EBIOS |
Attention : le critère économique peut faire basculer l’incident en majeur avant le seuil de 2 h, dès que la pénalité SLA est déclenchée (43 min d’arrêt cumulé dans le mois).
Incidents récurrents : des incidents qui ne sont pas majeurs un par un, mais qui ont la même cause apparente, se sont produits au moins deux fois en 6 mois et dépassent ensemble les seuils, sont traités comme un seul incident majeur (règlement délégué (UE) 2024/1772, art. 16). Des dénis de service courts et répétés peuvent donc finir par imposer une notification.
Pour R2 et R5 (injection, exfiltration), le critère « perte de données après accès malveillant » suffit, avec la criticité du service, à rendre l’incident majeur, quelle que soit la vitesse de reprise. Restaurer la disponibilité ne dispense pas de notifier. C’est la distinction que le sujet demande de ne pas manquer (voir WOR-39).
Argument pour la direction : la reprise automatique en moins de 5 minutes n’est pas seulement un gain technique. Elle maintient un déni de service sous les seuils de DORA, ce qui évite la notification réglementaire et la pénalité contractuelle.
4. Ce que nous ne pouvons pas démontrer, et ce qu’il faudrait en contexte industriel
| Limite du prototype | Exigence concernée | Ce qu’il faudrait faire |
|---|---|---|
| Un seul PC Hôte | Redondance (art. 12) | Deuxième site ou deuxième zone de disponibilité, bascule testée |
| Sauvegardes sur le même hôte | Sauvegarde isolée (art. 12) | Copie hors site, immuable, restauration testée chaque trimestre |
| Un seul scénario d’attaque | Programme de tests (art. 24) | Programme annuel couvrant tous les risques retenus dans EBIOS |
| Pas de testeurs indépendants | TLPT (art. 26) | Campagne TLPT (cadre TIBER-EU) si l’entité est désignée |
| Pas de contrats | Prestataires TIC (art. 28 à 30) | Registre d’information, clauses DORA, plans de sortie |
| Pas d’organe de direction | Gouvernance (art. 5) | Validation du cadre de risque par la direction, formation annuelle |
| Pas de notification réelle | Notification (art. 19) | Procédure de notification à l’ACPR, astreinte, modèles de rapports |
| Données fictives | RGPD | Analyse d’impact (AIPD) sur les données réelles |
5. Pistes pour les recommandations (WOR-72)
- Garder la reprise automatique comme priorité : c’est elle qui maintient les incidents de disponibilité sous les seuils de DORA (section 3).
- Traiter à part les incidents d’intégrité et de confidentialité : la remédiation automatique ne doit pas effacer les traces. Les journaux doivent être conservés avant toute restauration, car ils serviront à la notification.
- Préparer automatiquement le brouillon de notification : le SIEM et l’assistant RAG disposent déjà des horodatages et des impacts. Un humain valide et envoie.
- Budgéter en priorité la redondance et les sauvegardes hors site : ce sont les deux écarts les plus lourds face à l’art. 12.
- Encadrer le moteur de remédiation (R3, WOR-64) : un dispositif de défense aux droits élevés est lui-même un bien critique au sens de l’art. 9.
À valider avec les coachs
- La qualification « établissement de paiement, donc DORA, NIS2 en second plan » est-elle la lecture attendue ?
- Le niveau de détail : faut-il citer les articles, ou rester au niveau des cinq piliers de DORA pour le dossier final ?